Rencontre autour du paysage funéraire de la Préhistoire à l’Antiquité

Du mercredi 12 avril au vendredi 14 avril 2023
Dijon

Contact : gaaf2023paysagefuneraire@gmail.com

« Le plus simple et le plus banal des paysages est à la fois social et naturel, subjectif et objectif, spatial et temporel, production matérielle et culturelle, réel et symbolique. Le paysage est un système qui chevauche le naturel et le social. Il est une interprétation sociale de la nature. »
Georges Bertrand

Comment penser le paysage funéraire ? Il est sans doute banal de dire qu’il est à la fois naturel et social mais il ne nous semble pas inutile de rappeler sa dimension environnementale, qui offre un support que les hommes peuvent s’approprier, y compris à ce moment particulier qu’est le décès d’un membre d’une communauté. Le sort de nombreux défunts n’est-il pas définitivement lié à la terre lors de leur ensevelissement ?

Ce vaste sujet paraît difficile à aborder en archéologie car ce paysage, pas tout à fait comme les autres, résulte de nombreux facteurs ; il combine éléments naturels (végétation, relief, eau …), système funéraire et culture/structure sociale. Les traces archéologiques s’avèrent ténues. En effet, peu de témoignages de tombes simples ou complexes tels que les monuments funéraires, les chemins ou la végétation se sont conservés au fil des siècles. Si les différentes composantes des espaces funéraires étaient observables et sans doute compréhensibles pour leurs usagers, elles demeurent difficiles à percevoir en archéologie funéraire. Toutefois, cette dernière a plusieurs atouts ; la multiplication des opérations, préventives ou programmées, qui couvrent parfois de vastes surfaces, permet d’explorer des territoires différents et ce, sur la longue durée. Elle nous donne à voir des cycles de vie complets d’un paysage dédié un temps aux activités funéraires, sa création, sa perduration et sa transformation lorsque les morts sont oubliés.

Cette rencontre du Gaaf prend la suite de celle qui avait traité d’époques plus récentes, médiévale et moderne. En prenant en compte un temps long, allant de la Préhistoire à l’Antiquité, elle inclut des sociétés connues ou non par les sources écrites ou iconographiques. Pour ce faire, trois axes sont proposés : un axe résolument méthodologique et deux autres concernant les espaces internes et externes des ensembles funéraires. L’un concerne la nécropole décrite de l’intérieur, le paysage sert alors de support pour ensevelir le corps des défunts, tandis que l’autre interroge la place de l’espace funéraire, visible ou caché, dans le paysage d’un territoire.

Les contributions concerneront autant les approches méthodologiques et thématiques que les approches chronologiques. Toutes les disciplines relatives au sujet pourront contribuer à ces questionnements (archéologie, anthropologie, sciences du paléoenvironnement, génétique, méthodes de datation, géophysique et LiDAR…).

Axe 1 : Quelles méthodes pour restituer les éléments naturels et anthropiques des espaces funéraires (sources écrites, paléoenvironnement, prospection, etc.) ?

L’espace funéraire et son insertion dans un espace naturel ou anthropisé peuvent être appréhendés à l’aide de sources diverses qui varient selon la morphologie et le relief, la chronologie ou le secteur d’implantation. L’histoire de la recherche et les développements méthodologiques récents jouent un rôle fondamental pour l’appréhension de ce paysage funéraire qui peut être restitué à différentes échelles, de l’intra-site au territoire, à l’aide de différentes approches.
Ce premier axe vise à aborder le paysage funéraire à l’échelle de la nécropole ou du territoire (structures construites, végétation, voies d’accès/de circulation, espaces sacrés, etc.) en questionnant les sources, leurs apports et leurs limites. La discussion de ce premier axe doit donc pouvoir s’appuyer sur l’utilisation de sources disponibles, qu’elles soient anciennes (écrites, iconographiques, épigraphiques, etc.) ou récentes (données de fouille, de prospections aériennes, géophysiques ou LiDAR), ainsi que sur des analyses paléoenvironnementales (carpologie, géomorphologie, malacologie, palynologie, etc.) et sur les différentes méthodes de datation permettant de proposer une évolution de l’espace funéraire (stratigraphie, mobilier archéologique, types d’échantillon pour datation radiocarbone, OSL, Chronomodel …).

Axe 2 : Paysage interne de la « nécropole » : grammaire des usages sociaux, symboliques et techniques des espaces funéraires

La « nécropole », entendue au sens large comme le regroupement de plusieurs morts dans un espace dédié, répond dans sa construction à un ensemble de règles sociales, symboliques et techniques qui vont contraindre l’organisation des dépôts et ainsi façonner le paysage interne du gisement funéraire dans son espace naturel.
De manière parfois concrète, monuments, voies de circulations et autres structures cloisonnent les espaces, séparent, distinguent ou rassemblent les défunts. La distribution des vestiges peut aussi rendre compte d’espaces « vides » ou délimiter des frontières plus ou moins nettes entre divers aménagements qui n’ont pas vocation à accueillir les morts et dont les fonctions ne sont pas toujours immédiatement perceptibles. Ce processus complexe peut être interprété comme l’appropriation d’une portion d’espace ainsi rendue propre aux activités funéraires (lieux de traitement des morts, des funérailles, des commémorations, …). En quelque sorte, le paysage peut être perçu comme un support pour organiser, délimiter, séparer, honorer les morts à l’aide de sa topographie, de la présence de cours d’eau, de fossés, de végétaux particuliers, de monuments, de chemins et axes de circulation ou tout autre dispositif de marquage et sectorisation.
Cet axe 2 propose de discuter des identités visuelles et fonctionnelles des « nécropoles », résultats des motivations pratiques ou sociales des usagers, de leur fonctionnement, voire de leur évolution dans le temps. Nous chercherons à y détecter la place faite aux composantes naturelles du paysage et la part de ces dernières dans l’élaboration de l’identité visuelle du site funéraire. Pour les sociétés qui recourent à l’écrit, le rôle des éléments naturels et leur transformation pourront être examinés dans l’épigraphie et les décors des monuments ou des contenants funéraires, dans l’usage du droit funéraire (concessions funéraires et usage des terrains funéraires) ou encore dans la conception philosophique/religieuse de la Mort. Le paysage social des nécropoles pourra aussi être abordé via l’identité des défunts (âge, sexe, parenté, statut, famille sociale). En fonction des témoins à notre disposition (biologie des squelettes, architecture/mobilier funéraire, sources écrites), nous souhaitons discuter des facteurs sociaux et identitaires impliqués dans l’appropriation et la modification, par les sociétés anciennes, d’espaces naturels à des fins funéraires.

Axe 3 : Espaces/paysages funéraires et territoire : visibilité, rôle, réseau

Cet axe se concentre sur l’aspect visuel du paysage funéraire ancien, questionné à l’échelle du territoire, par ailleurs façonné pour d’autres usages tels qu’exploiter, habiter, communiquer, approprier, honorer… Qu’en est-il de la coexistence de ces différentes aires d’activités avec la présence des défunts ? Le paysage funéraire est-il caché, exposé, soumis à la vue ou mis à distance ? Paysage-représentation, avec ses monuments, le choix de son emplacement ou sa pérennité d’usage, il peut également marquer le territoire. Nous interrogerons encore la notion de frontière entre le monde des morts et celui des vivants : paysage délimité, ouvert, distendu ou à l’inverse confondu avec l’habitation ?
Si le regroupement des morts est régulièrement observé, il ne va pas toujours de soi. Une attention sera portée à la distribution des défunts dans un territoire selon leur âge au décès ou leur statut. L’existence de réseaux connectant les différents espaces funéraires entre eux ou reliant habitations et défunts sera également interrogée ainsi que les principes de mutation des paysages funéraires. Enfin, il s’agira de s’interroger sur le choix des environnements naturels (plateau, vallée, grotte, anfractuosité, cours d’eau…) sélectionnés pour y déposer des restes humains (corps, ossements) ou y brûler les défunts.

Vous trouverez le formulaire de réponse : ici

A renvoyer avant le 16 octobre 2022 à gaaf2023paysagefuneraire@gmail.com

Comité d'organisation : C. Fossurier (Inrap, UMR 7268 ADES)Y. Labaune (Service Archéologique de la Ville d’Autun, UMR 6298 ARTEHIS)R. Labeaune (Inrap, UMR 6298 ARTEHIS)C. Laforest (Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, UMR 5199 PACEA)I. Le Goff (Inrap, UMR 7206 Eco-anthropologie)V. Taillandier (Université de Lille, UMR 8164 HALMA)A. Thomas (MNHN, UMR 7206 Eco-anthropologie)A. Burgevin (Inrap, UMR 6249 Chrono-environnement)

Comité scientifique : V. Bel (Inrap, UMR 5140 ASM)L. Bonnabel (Inrap, UMR 8215 Trajectoires)P. Chambon (CNRS, UMR 7206 Eco-anthropologie)J.-P. Chimier (Inrap, UMR 7324 Criteres)G. Daoulas (Inrap, UMR 7209 AASPE)F. Delrieu (SRA Auvergne-Rhône-Alpes, UMR 5138 Arar)C. Fossurier (Inrap, UMR 7268 ADES)M. Gaultier (Sadil, UMR 7324 Criteres)A. Hostein (EPHE, UMR 8210 AnHimMA)Y. Labaune (Service Archéologique de la Ville d’Autun, UMR 6298 ARTEHIS)R. Labeaune (Inrap, UMR 6298 ARTEHIS)C. Laforest (Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, UMR 5199 PACEA)I. Le Goff (Inrap, UMR 7206 Eco‑anthropologie)S. Martin (Inrap, UMR 5140 ASM)P. Nouvel (Université de Bourgogne, UMR 6298 ARTEHIS)R. Peake (Inrap, UMR 6298 ARTEHIS)F.-X. Simon (Inrap, UMR 6249 Chrono-environnement)V. Taillandier (Université de Lille, UMR 8164 HALMA)M. Talon (SRA Bourgogne - Franche-Comté, UMR 8164 HALMA)A. Thomas (MNHN, UMR 7206 Eco-anthropologie)V. Van Andringa (EPHE, UMR 8546 AOrOC)